Huiles essentielles et thérapie olfactive


Interview de Maxime PHILIPPE, 2ème prix du concours de parfumeur de la Société Française des Parfumeurs

 

Après l’obtention d’un Bachelor à l’Ecole Supérieure du Parfum de Paris, Maxime PHILIPPE, de la Promotion « Santal 2018 », a poursuivi ses études en parfumerie en rejoignant l’école interne de la prestigieuse société de composition Robertet, à Grasse. Formé par les grands parfumeurs Michel ALMAIRAC et Jean-François LATTY, Maxime vient de remporter le 2ème prix du plus célèbre concours de toute l’histoire de la parfumerie Française : celui de la « Société Française des Parfumeurs » (SFP).
Ce concours, qui se déroule tous les deux ans depuis 1957, a récompensé cette année, à la première place, Florian GALLO (Firmenich), lui aussi issu de la même école interne, pour le parfum « El Comandante ». Mais, pour la première fois -et à la demande du parfumeur Christine Nagel (Hermès), Présidente du Jury Technique-, cette année, ce sont les noms des quatre finalistes qui ont été également mentionnés, dont celui de Maxime.
Réputé dans l’industrie du parfum, ce concours a notamment lancé les carrières de nombreux parfumeurs talentueux. Tous les deux ans, un thème est donné à traiter aux (très nombreux !) participants. Cette année, il fallait « 
Créer une fragrance autour de la note de tabac qui est l’apanage des Aventuriers, qui véhicule ces notions d’héritage, de découvertes et de voyages. Des notes improbables, une sorte de clair-obscur. ». Nous avons rencontré Maxime, notre ancien étudiant, qui a réussi à se hisser jusque-là, avec beaucoup d’humilité…


Maxime, quelle a été votre première réaction quand le sujet de cette édition 2019 a été communiqué par la SFP ? Etait-ce la première fois que vous participiez au concours ?

C’était effectivement la première fois que je participais et je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. J’espèrais juste que ce serait un thème « original ». Ce thème m’a tout de suite inspiré car il pouvait être sujet à des interprétations très variées. Moi qui n’ai jamais touché ni à un cigare, ni à une cigarette de ma vie, créer un parfum autour du tabac, c’était un challenge intéressant !

Sur quelle idée de départ avez-vous choisi de travailler ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ? Quelles matières premières avez-vous souhaité utiliser et pourquoi ?

Je ne voulais pas que le parfum soit trop figuratif, je voulais vraiment un voyage olfactif. Du coup, j’ai, dans un premier temps, créé un accord tabac pour ensuite laisser libre cours à mon imagination et développer son histoire, son voyage.
Je me suis demandé vers quelle destination je me voyais aller avec ce sujet : J’ai choisi de partir vers Cuba, l’Amérique Latine, en y ajoutant une touche venue d’Inde. Je me suis arrêté sur l’essai qui me racontait une vraie histoire olfactive : un aventurier racontant son périple dans une « Brandy Library ». Sa peau est encore imprégnée des senteurs de son voyage, mais la fumée de son tabac et les éffluves de Rhum les recouvrent.  J’ai alors créé un parfum autour du safran et du rhum en tête. Le Tabac vient occuper le coeur du parfum avec notamment un Absolu Tabac développé par Robertet qui donne une facette naturelle. Il est la star ! Il est accompagné en fond, entre autre, de Patchouli, de Papyrus, de Bouleau ainsi que de Fèves Tonka.

Combien de mois et d’heures de travail ont été nécessaires pour votre préparation à ce concours ?

Cela m’a pris 5 mois pour développer ce parfum. A l’époque où j’ai commencé, j’étais élève parfumeur à l’école interne Robertet. J’étais sous la tutelle d’une Parfumeur, Karine Vinchon-Spenher. Elle a été une conseillère précieuse. Ce projet s’est étalé sur plusieurs mois, comme un fil rouge.

Avez-vous rencontré des difficultés dans l’association de certains accords ou, au contraire, de bonnes surprises ?

Certaines matières que je voulais utiliser étaient très limitées par l’IFRA, alors j’ai dû aviser. La qualité d’absolu de Tabac a été difficile à trouver aussi car beaucoup contiennent une substance interdite. Heureusement pour moi, Robertet étant leader des matières premières naturelles, nous avions développé une qualité de tabac ne contenant pas cette substance.

Vous êtes-vous détourné de votre idée initiale de composition ou bien y avez-vous été fidèle jusqu’au rendu de votre jus au jury ?

Je pense que je suis resté fidèle à l’idée que je me faisais de ma fragrance et à ce que je voulais raconter à travers elle.

Aviez-vous intimement cette conviction de pouvoir arriver aussi haut dans le concours ? Quelles ont été les réactions de votre entourage quand ils ont découvert votre fragrance finalisée et surtout votre seconde place ?

Dans ce métier, il est difficile d’évaluer son niveau, même si, bien sûr, quand on participe à un concours, c’est pour le gagner. Je ne voulais pas me mettre trop de pression et surtout trop d’attente. C’était ma première participation. Je n’avais même pas 25 ans quand j’ai envoyé mon parfum à la SFP en janvier dernier. Beaucoup de personnes tentent leur chance, notamment des parfumeurs très talentueux et avec plusieurs années d’expérience. Donc je me suis dis que de toute façon, quoi qu’il arrive, j’apprendrais de cet exercice !
De ce fait, peu de gens ont senti la fragrance. Mais les quelques personnes qui l’ont fait la trouvait dans le thème. Ils comprennaient l’histoire que je leur racontais : cela m’a conforté dans l’idée que j’avais réussi à créer ce que je voulais. Au final, quand Christine Nagel, Présidente du Jury Technique, m’a appelé pour me dire que je finissais deuxième, j’ai eu la satisfaction d’apprendre que le jury avait eu la même vision que moi du sujet. Etre dans les finalistes, et qui plus est deuxième, est un peu décevant parce qu’on est proche de la victoire ; mais en même temps, c’est une immense joie car c’est déjà une super performance. Mon entourage a été très fier de ce résultat et c’est le principal à mes yeux.

Que pensez-vous justement de ce concours et de sa symbolique ?

C’est l’un des plus beau concours de la parfumerie ! Celui que tous les jeunes parfumeurs veulent gagner. Bien sûr j’aurais préféré être le vainqueur, c’est évident. Mais c’est la première année que la SFP mentionne les finalistes : c’est un petit coup de pouce du destin.

Par rapport à la création de Florian GALLO, que vous connaissez bien, que pensez-vous qui a pu faire la différence dans les préférences du jury ?

Je pense que le parfum est quelque chose de très subjectif. Florian et moi avons apparement choisis le même univers olfactif, c’est en tout cas ce que les personnes qui ont senti nos deux fragrances m’ont dit.
Christine Nagel m’a expliqué que cela s’etait joué à peu de choses. En tout cas, bravo à Florian, je suis très heureux pour lui. Comme je l’ai dit : être à cette seconde place, c’est déjà magnifique !

Maxime, après l’Ecole Supérieure du Parfum et votre apprentissage en école interne chez Robertet, que faites-vous aujourd’hui et où ?
J’ai terminé mon apprentissage chez Robertet en décembre 2018 et depuis Janvier, je suis Parfumeur Junior à Grasse.

Avez-vous déjà obtenus quelques beaux « wins », aujourd’hui commercialisés ?

Oui, j’ai gagné, sur l’année écoulée, une quarantaine de projets. Quelques produits sont déjà sortis sur les marchés français, espagnol et Italien, notamment des parfums fine fragrance mais aussi des produits en Personal Care (gel douche, crème). Il y a des belles choses à venir. Cela met un peu de temps à sortir après la validation de la fragrance : c’est un long processus. Mais ce sont des « wins » dont je suis fier et j’ai hâte de les voir sur les étagères des boutiques.

Pensez-vous que votre création pour le concours de la SFP pourra un jour être commercialisée ?

Je ne peux pas vous dire aujourd’hui si ce sera le cas, mais je l’espère …
C’est une création originale qui raconte une histoire. La voir commercialisée dans une belle maison serait un joli clin d’oeil.  Mais je pense que ce type de fragrance est plutôt dédié à une maison de niche : une note «  tabac » n’est pas évidente à porter, même si elle est joliment habillée.

Vous retenterez  ce concours ? D’autres ?

Bien sûr que je retenterai ! J’espère pouvoir avoir un jour cette première place. Tant que je pourrai y participer, je le ferai. C’est un concours magnifique, l’un des plus beaux. La liberté de création, c’est ce qu’on rêve d’obtenir en tant que parfumeur junior. Ici, on nous la donne, alors autant en profiter.
Quant à d’autres concours, pourquoi pas : s’il y a de la liberté créative et que je trouve une histoire à raconter, je suis partant !

Maxime, que peut-on vous souhaiter ?
La première place dans deux ans ? (rires). Juste de pouvoir continuer à faire ce métier qui me passionne et bien sûr  de gagner de jolis projets au fil du temps.